La revue « Educateur » décapité ? L’Education nouvelle et ses liens avec la revue du Syndicat suisse des enseignants….

Lettre ouverte :

Quand un syndicat applique les méthodes qu’il dénonce

Dans le secteur de l’éducation en Romandie, une célèbre revue – pour ne pas dire l’unique de son genre L’Educateur vient de fêter sa 160ème année. A cette occasion, son éditeur, le Syndicat des enseignant·es romand·es (SER), à sa tête David Rey, vient de résilier le contrat de travail de deux de ses piliers : sa rédactrice en cheffe et sa polygraphe (accessoirement également responsable prépresse, graphiste et chercheuse de publicités), fortes toutes les deux de 21 ans d’activité pour la revue. Un départ sec et brutal, à 61 ans pour l’une et 51 ans pour l’autre, décidé par une organisation syndicale employeuse.

Bien plus qu’un simple épisode indignant et scandaleux par ses circonstances, dans la chronique d’un licenciement, cette situation révèle le malaise profond qui traverse peut-être aujourd’hui certaines organisations se réclamant de la gauche en Romandie, comme au Syndicat des enseignant·es romand·es.

Car ce double renvoi n’est pas qu’un accident, ni même une erreur de gestion : il a été soigneusement préparé et porte en lui la signature d’un phénomène plus vaste. Il dit quelque chose de la manière dont certaines structures militantes, associatives ou syndicales se transforment, parfois sans même s’en rendre compte, en petites bureaucraties opaques, en instrument dévoyé de ses principes fondateurs, reproduisant mécaniquement les méthodes managériales qu’elles dénonçaient autrefois chez leurs adversaires idéologiques.

Là où l’esprit syndical et associatif se voulait espace d’émancipation, il devient parfois un corps intermédiaire fonctionnant comme une petite entreprise, avec sa gestion optimisée et efficace, ses injonctions comptables et ses décisions brutales. Le traitement réservé à certain·e·s salarié·e·s, notamment les seniors, en devient un révélateur saisissant.

 

L’emprise néolibérale au cœur de la gauche syndicale

Une certaine gauche contemporaine ne disparaît pas sous les coups de ses adversaires : elle s’auto‑dévore, contaminée par les pratiques managériales qu’elle prétend combattre : réductions budgétaires, rationalisations, suppressions de postes expérimentés, refus d’entendre les partenaires, restructurations présentées comme inévitables… Autant de choix qui auraient autrefois suscité une levée de boucliers et qui sont désormais intégrés comme des évidences de gestion.

Dès lors, comment défendre une organisation syndicale lorsque cette dernière applique à ses propres salariés, les mêmes brutalités qu’elle dénonce ? Peut-on défendre le monde du travail en appliquant les méthodes qui l’abiment ?

 

Quand les plus expérimentées deviennent une simple variable d’ajustement

Nos deux comparses n’ont pas été congédiées pour faute, ni pour insuffisance. A un moment donné, la direction du syndicat a décidé que leur poste n’entrait plus dans sa stratégie, ce dont elles n’avaient d’ailleurs pas été informées. Elles sont devenues de simples variables d’ajustement. Pas de discussion, pas de médiation, pas de recherche de solutions alternatives.

En renvoyant les travailleuses les plus expérimentées, celles qui portaient la revue depuis près d’un quart de siècle, la direction n’efface pas seulement un savoir-faire précieux : elle porte atteinte à un principe fondamental de solidarité sociale. Car cibler des femmes de plus de cinquante ans, déjà parmi les plus vulnérables sur le marché du travail – s’il faut le rappeler – revient à entériner les mécanismes d’exclusion qui transforment la fin de carrière des femmes en véritable terrain miné. Cette gestion froide des ressources humaines nous donne la nausée.

Sandrine Breithaupt / Claire Ragno Paquier / Etiennette Vellas / Christian Yerly

 

(Divers textes de la revue ont pendant des années nourrit les suppléments du LIEN parus dans la revue du GFEN Dialogue)

 

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SOPHIE DUPONT